Gabi Hartmann

Gabi Hartmann

On pourra discuter à l’infini, mais on ne sait pas forcément très clairement où la voix de Gabi Hartmann nous transporte : un bar jazz en sous-sol, une plage tropicale au crépuscule, une terrasse dans une pente de Lisbonne, le fond d’une brasserie parisienne par une nuit d’hiver ? On ferme les yeux et passent, enlacées, l’ombre d’une légende du jazz, d’une diva de la bossa-nova, d’une grande dame en noir de la chanson française ou portugaise, quelque part au carrefour du chic exquis et de la mélancolie vertigineuse, de la douceur consolante et du spleen partagé. Quinze mois après un EP introductif, paraît enfin le premier album de Gabi Hartmann, réalisé avec Jesse Harris. Ils se rencontrent en 2018 à New York lors d’une session d’enregistrement. Il apporte tout ce qui fait la gloire de ses collaborations avec Norah Jones, Madeleine Peyroux ou Melody Gardot. Gabi Hartmann apporte aussi une histoire musicale personnelle en devenir, mais déjà touffue.

Quand Jesse Harris lui propose de réaliser son album, elle y voit une invitation à « rassembler tout ce que je suis », dit-elle – l’amour de Billie Holiday et de Lhasa de Sela, ses amitiés pour le flûtiste soudanais Ghandi Adam et pour le guitariste guinéen Abdoulaye Kouyaté, son admiration pour l’immense crooner Henri Salvador et ses souvenirs de voyage en Afrique, son matériel tout neuf et des splendeurs vénérables écrites avant la naissance de ses parents… Tout en préparant cet album, elle fait les premières parties de Jamie Cullum et Melody Gardot, passe régulièrement au célèbre club de jazz le Duc des Lombards, voit grandir la rumeur sur son nom… À la rentrée 2021, les cinq titres de son EP annoncent une grande voix à la fois populaire et savante. Et voici que l’album confirme : timbre chaud et précis avec une once de désinvolture élégante, charme également funambule en français, en anglais et en portugais (et aussi pour quelques couplets en arabe), esthétique intemporelle et regard franc sur son époque (La Mer, titre tragique sur le sort des migrants en Méditerranée), auteure introspective et compositrice plurielle… Voici que le premier album de la chanteuse enchanteresse Gabi Hartmann nous offre l’évocation de plusieurs mondes et de plusieurs vies, où sont mêlées rêverie et douce mélancolie.